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Bienvenue à la paroisse
du Saint-Nom-de-Jésus
Ce que nos mains ont fait
Juillet - août 2026
Il y a dans L’Écume des jours de Boris Vian une phrase qui revient comme un leitmotiv discret : Colin cuisine, répare, fabrique — et c’est dans ces gestes que son amour pour Chloé prend corps, littéralement. Vian n’en fait pas de grands discours. Les mains travaillent, et quelque chose d’essentiel se dit.
L’été remet nos mains au travail. Pas le travail des écrans et des réunions, mais l’autre — celui qui laisse des traces visibles, parfois des échardes, souvent de la fatigue heureuse. On retourne la terre d’un jardin. On repeint un volet. On répare une bicyclette avec un enfant qui regarde. On pétrit une pâte, on tresse des branches, on coud ce qui était déchiré. Ces gestes-là, que l’année ordinaire repousse faute de temps, remontent à la surface en juillet et en août comme une mémoire du corps.
Nous vivons dans une civilisation qui a appris à mépriser — discrètement, proprement — ce que les mains produisent. Ce qui compte, dit-on, c’est la conception, la stratégie, l’innovation. Le faire manuel a été délégué, externalisé, automatisé. Et pourtant, quelque chose en nous résiste. Quelque chose sait que tenir un outil, sentir la résistance d’une matière, voir naître sous ses doigts une forme qui n’existait pas — c’est une expérience irremplaçable. C’est une façon d’être au monde qui échappe à l’abstraction.
Le livre de la Genèse nous en donne une image étonnante : Dieu, au matin de la création, façonne l’être humain comme un potier façonne l’argile.
« L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre. » (Gn 2, 7)
Le mot hébreu yatsar — former, modeler — est le même que celui qu’on emploie pour le travail du potier. À la différence du verbe bara’ (le mot biblique pour « créer »), il renvoie à un travail très manuel. Dieu, dans ce récit, n’est pas un architecte qui trace des plans à distance. Il travaille au contact, les mains dans la matière. Et il souffle. Le geste et le souffle ensemble font l’humain vivant.
Il y a là quelque chose de vertigineux pour nous : si nous sommes l’œuvre des mains de Dieu, alors chaque fois que nos propres mains créent, réparent, construisent ou soignent, nous ne faisons pas que produire un objet. Nous participons, à notre humble échelle, à quelque chose qui ressemble à ce geste originel. Nous devenons, nous aussi, des yotser — des formateurs, des façonneurs.
Cet été, peut-être, prenez le temps de regarder ce que vos mains font. Non pour en tirer une leçon, ni pour en faire une performance spirituelle. Mais simplement pour vous y arrêter : ici, dans ce geste ordinaire, quelque chose se passe. Une transmission, si vous travaillez avec un enfant. Une patience, si la matière résiste. Une joie tranquille, si la chose réussit. Une prière sans paroles, parfois.
Les mains qui font sont aussi des mains qui prient.
fr. Rémi Chéno, o.p.
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